Viticulture biologique : protection de l'environnement, qualité des vins

L’agriculture biologique est devenue très populaire dans tous les domaines de l’agriculture, dont la viticulture. Selon l’Agence bio, on dénombrait rien qu’en 2014 environ 5 088 exploitations viticoles conduites selon les règles biologiques, représentant environ 8,4 % du vignoble français. La même tendance s’observe à la consommation, car toujours en cette même année, les ventes de vin biologique ont été évaluées à 572 millions d’euros.  Les chiffres de la viticulture biologiques sont en constante progression, puisqu’en 2016 elle représentait déjà 9 % du vignoble français, soit 70 740 hectares cultivés par 5263 exploitations.

Cette méthode de culture possède bien évidemment des principes, des objectifs, des méthodes particulières et fait même l’objet d’une réglementation et d’une certification.

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Définition

La viticulture biologique est une méthode de culture basée sur les principes de l’agriculture biologique. Ces principes concernent l’exclusion des produits contenant des molécules organiques de synthèse, l’emploi des matières premières d’origine naturelle pour la culture de la vigne, la promotion de la vie des sols, de la lutte naturelle entre les espèces et de la pérennité de la biosphère et de la biocénose naturelles.

Ses normes de production sont régies par le règlement européen CE 2092/911 du 24 juin 1991, qui a élaboré un cahier des charges y afférent. Faisant suite à la réglementation précédente qui encadrait la culture de « raisins issus de la viticulture biologique », ce règlement permettait d’utiliser la mention « vins issus de raisins de l’agriculture biologique ». Pour cela, il fallait avoir fait certifier son activité à la Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt, être certifié également par un organisme agréé par le Ministère de l’Agriculture, en plus de respecter le cahier des charges pendant trois ans. Ces règles sont toujours d’actualité pour la plupart, mais elles ne concernent que la culture de vigne. C’est pourquoi depuis 2012, un autre règlement encadre précisément la production de vin biologique, établissant ainsi un cahier des charges pour la vinification.

Viticulture biologique

Objectifs

Cette méthode de culture vise à augmenter la fonction biologique du sol en améliorant ses propriétés physiques, chimiques et biologiques ; cela passe également l’amélioration de la circulation de l’eau, de la disponibilité des nutriments et de la biodiversité. Il en résulte une meilleure qualité des sols notamment en matière de densité, de potentiel d’hydrogène, de disponibilité des éléments nutritifs, de teneur en matière organique et de capacité de rétention d’eau.

Ses objectifs ne se limitent pas qu’à la vigne et aux sols, car elle vise également l’obtention des vins de meilleure qualité, ainsi que l’amélioration de la santé des viticulteurs et des consommateurs. Ceux-ci se trouvent ainsi à l’abri des produits chimiques dont les effets nocifs sur la santé ne sont plus à démontrer. Ses bienfaits pour l’environnement et la santé sont si considérables qu’il s’est développé un véritable marché de vins bio, qui continue de prendre des parts de marché aux vins conventionnels.

Méthodes de travail

Les méthodes de travail sont relatives à l’entretien des sols, à la fertilisation des sols et la protection phytosanitaire.

L’entretien des sols

Les options disponibles pour l’entretien des sols sont, selon le règlement européen : le travail du sol, l’enherbement semé ou naturel, certains paillages et le désherbage thermique. Ce dernier n’est cependant pas utilisé que dans des situations exceptionnelles (rangs plantés en bordure de banquettes, forts dévers…). L’enherbement est très bénéfique pour le sol. En effet, elle le décompacte, le protège de l’asphyxie, de l’érosion, favorise la vie biologique et le maintien du taux de matière organique. Le travail du sol doit être entièrement mécanique (en dehors des cas exceptionnels du travail thermique). Cela permet de maîtriser les adventices, de lutter contre la compaction, d’équilibrer le développement de l’appareil racinaire et d’enfouir les amendements organiques.

Les outils d’entretien des sols peuvent être des interceps classiques (décavaillonneuse, lame bineuse) ou d’autres techniques comme la brosse et l’intercep à disques.

La fertilisation des sols

Fertiliser les sols n’est pas un impératif. En fait, la décomposition de l’herbe et des feuilles de vigne, ainsi que la restitution des bois de taille peuvent être suffisantes pour le maintien d’une bonne fertilité des sols. De même, la mise en place de cultures intermédiaires pendant la période de repos du sol permet de le protéger, de l’ameublir et de le fertiliser suffisamment.

Néanmoins, le règlement européen (CE 2092/911) en son annexe IIa autorise l’usage d’engrais et d'amendements d’origine organique, et quelques un d’origine minérale pour la fertilisation. Il s’agit par exemple des composts d’origine animale ou végétale, des fumiers des déjections animales, d’algues et de produits d’algues, d’oligo-éléments…

La protection phytosanitaire

Seule la mise en place de mesures prophylactiques permet de bien lutter contre les maladies cryptogamiques et les ravageurs, en raison des faibles possibilités de lutte curatives disponibles. Seuls le cuivre, le soufre, la bouillie sulfo-calcique, les huiles minérales et le permanganate de potassium sont autorisés pour lutter contre les maladies tels que : le mildiou, l’oïdium, le botrytis et le black rot. S’agissant des ravageurs, la mise en place des mesures favorables au développement des alliés du viticulteur (les auxiliaires : chrysopes, anagrus atomus, typhlodromes, neodryninus typhlocybae…) permet de les maîtriser.

Néanmoins, pour une lutte obligatoire contre des ravageurs comme la flavescence dorée ou les vers de grappes, plusieurs insecticides sont autorisés : les pyréthrines, le sel de potassium des acides gras ou des savons mous, les phéromones, les micro-organismes non génétiquement modifiés et l’huile de paraffine.

Certification

Les organismes certificateurs agréés par l’État (Ulase, Ecocert, Qualité France…) assurent le respect du cahier des charges européen, grâce à des contrôles aléatoires ou sur demande. Ces organismes appartiennent à des labels tels que AB (qui certifie la production bio et les raisins bio), Demeter (gestionnaire de marque pour la production et la transformation) ou encore FNIVAB (certifie la vinification des vignobles agréés en agriculture biologique). C’est à l’issue des vérifications des organismes de certifications qu’un vigneron pourra ou non se voir délivrer le certificat de conformité pour utiliser une marque et son logo.

Selon l’agence bio, les surfaces certifiées en bio en 2014 représentaient 66 210 hectares, contre la moitié en 2007. Le nombre d’exploitations bio qui n’était que d’une dizaine au début des années 1980 est passé à 5 263 en 2016. Les surfaces conduites en viticulture biologique sur le vignoble français sont en majorité dans le Languedoc-Roussillon, les Midi-Pyrénées et dans l’Aquitaine.

La certification ou la conversion vers le bio nécessite trois ans. Au cours de l’année 2011, la surface de vignes en conversion (32 394 hectares) était même plus grande que la surface réelle en production, reflétant ainsi l’engouement des producteurs pour cette méthode culture, mais aussi la demande croissante des vins bio par les consommateurs.